Commotions cérébrales dans le sport: un phénomène «pauvrement encadré»

16 janvier 2012 Écrit par Pierre Pelchat, Le Soleil du 16 janvier 2012

Jouer au hockey, au soccer, au rugby et même faire du cheerleading après une commotion cérébrale est «très, très dangereux», selon la neuropsychologue Geneviève Boulard, qui suit les joueurs des Remparts et ceux d'autres équipes junior majeur depuis plusieurs années.

«Il y a une épidémie silencieuse. Il faut absolument dire à nos jeunes qui pratiquent un sport qu'à chaque fois qu'ils voient blanc, des étoiles, le coach en double, le terrain de soccer qui passe du rose au vert, il faut qu'ils soient retirés du jeu. S'ils retournent au jeu tout de suite après, ils peuvent subir d'autres impacts et c'est là que c'est extrêmement dangereux», a-t-elle expliqué, au cours d'une entrevue au Soleil.

Mme Boulard, qui travaille auprès d'athlètes depuis 16 ans, croit qu'il y a encore beaucoup de chemin à faire pour éviter que les commotions cérébrales causent de graves problèmes de santé. À son avis, il y a un manque de connaissances sur les commotions même dans le milieu médical.

«Contrairement à ce que certains peuvent penser, ça ne prend pas une perte de conscience pour avoir une commotion. Pourtant, des gens vont à l'hôpital et se font dire qu'ils n'ont pas une commotion parce qu'ils n'ont pas perdu conscience. Il y a plein d'athlètes qui se font dire de retourner au jeu dans ces circonstances alors qu'ils ne devraient pas le faire. C'est très pauvrement encadré à l'heure actuelle», a-t-elle déploré.

Au cours de toutes ses années de pratique, la neuropsychologue a eu à faire face à plusieurs cas où des athlètes ont eu un coma prolongé à la suite d'un coup à la tête. Elle a rappelé les décès malheureux d'un joueur de soccer dans la région et d'une actrice en faisant du ski à Mont-Tremblant, tous deux après s'être frappé la tête, et le cas d'un joueur de football de l'Université Bishop's, blessé lors d'un match l'automne dernier, et qui serait encore dans le coma.

Suicides

La neuropsychologue croit aussi que les suicides des trois durs à cuir de la Ligue nationale de hockey l'an dernier ne seraient pas étrangers à l'effet de plusieurs commotions cérébrales successives. «Est-ce que c'est en lien avec les commotions cérébrales? On ne le sait pas. On ne les a pas évalués mais on peut certainement émettre cette hypothèse», a-t-elle avancé.

En plus de causer des troubles de mémoire, de concentration, les commotions cérébrales à répétition peuvent causer des troubles psychologiques importants. «Les gens deviennent agressifs, irritables, moins patients, moins motivés. Ils ont des problèmes d'attention, de concentration. Ils sont dépressifs, anxieux», a-t-elle affirmé.

«On rencontre à notre clinique [Cortex] des gens qui ont des effets cumulés de commotions cérébrales survenus au hockey, au football, au rugby, au vélo de montagne, au cheerleading, au vélo de montagne. C'est à profusion», a-t-elle ajouté.

Avec les cas plus nombreux, voire plus médiatisés, de joueurs retirés du jeu à la suite d'un coup à la tête, elle ne pense pas pour autant qu'il y a une psychose autour des commotions cérébrales. Son collègue Philippe Fait partage son avis.

«Ce n'est pas une psychose mais un éveil. On en entend plus parler à cause de Sidney Crosby. Ce qu'on entend dans les médias sur les commotions, on le savait déjà depuis quelques années. Les gens en prennent plus conscience. Avant longtemps, une commotion sera considérée comme une autre blessure», a-t-il commenté.

«Les équipes de hockey sont également plus sensibles aux commotions. Il n'y a pas plus de commotions, mais on constate que les périodes de temps avant de retourner au jeu sont plus longues. Les athlètes aiment mieux se faire traiter que d'être affectés à long terme par une commotion. Les entraîneurs sont aussi plus conscientisés. Avant, ils disaient que ce n'était pas grave.»

Casque sans effet

Par ailleurs, le port d'un casque au hockey, au football, en ski ne peut protéger contre une commotion cérébrale. «Le casque protège contre une fracture du crâne mais pas contre une commotion parce qu'il y a un ébranlement du cerveau lors d'un impact», a indiqué Mme Boulard.

Elle s'inquiète de la pratique du football chez les enfants de niveau primaire à l'école. «À se fracasser casque à casque dès le primaire, alors que le cerveau est en plein développement, ça fait vraiment des dommages importants», avertit-elle.

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