Le médecin-chef de la LHJMQ propose l'abolition des bagarres au hockey

17 décembre 2011 Écrit par Pierre Pelchat, Le Soleil du 17 décembre 2011

Ce n'est pas la ministre de l'Éducation qui le dit, mais le médecin-chef de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ). À la suite de l'«épidémie» de commotions cérébrales dans la Ligue nationale, dont celles de Sidney Crosby, le Dr Sylvain Boutet croit qu'il faut maintenant aller plus loin que de sanctionner les coups à la tête : il faut carrément abolir les bagarres au hockey.

«Je pense qu'on va être rendus là. On a beau dire qu'il faut éliminer les coups à la tête, mais on accepte encore que des coups à la tête soient délibérément donnés dans une bataille. Il n'y a que trois sports qui tolèrent les bagarres, soit le hockey, la boxe et les combats extrêmes», a plaidé le médecin de famille au cours d'une entrevue accordée au Soleil.

M. Boutet connaît très bien le hockey. Il a été capitaine du midget AAA du Couillard de Sainte-Foy. Il a joué pendant trois ans pour les Cataractes de Shawinigan au début des années 80. Il ne cache pas qu'il a déjà jeté les gants devant un adversaire, qu'il s'est battu.

Il est médecin des Remparts de Québec depuis plusieurs années et médecin en chef de la LHJMQ depuis qu'on a confirmé ce poste, il y a cinq ans. Deux de ses trois fils jouent encore au hockey pour l'Océanic de Rimouski et les Commandeurs de Lévis midget AAA.

«Si on ne voit pas de changement de comportement et une diminution de l'incidence des blessures et des commotions cérébrales, on va devoir changer les règlements. N'en déplaise aux spectateurs», a-t-il soutenu.

Il croit que ce n'est qu'une question de temps avant que les sanctions contre les bagarres soient nettement plus sévères. Actuellement, se battre conduit à une simple pénalité de cinq minutes dans le hockey junior. Un joueur est expulsé du match s'il se bat une deuxième fois dans la même partie, mais n'est pas suspendu. «Les sanctions actuelles sont ridicules», a dit le médecin. Le Dr Boutet préconise des suspensions de trois à cinq matchs pour une première bataille aux poings sur la glace.

«Ça va faire son chemin. Il y a entre 5 et 10 ans, j'ai exposé devant les gouverneurs et tous les directeurs généraux des équipes que la Ligue devrait avoir une politique antidopage. Je me souviens qu'on avait ri de moi. Un an plus tard, Gilles Courteau [président de la Ligue] - que je considère comme une personne très avant-gardiste - me faisait venir à Montréal pour penser à un comité sur le dopage et en dedans de deux ans, on a eu une politique antidopage et des tests annuels.»

Enjeux économiques

Le médecin reconnaît, par ailleurs, que la LHJMQ ne peut à elle seule abolir les bagarres et imposer des sanctions plus dissuasives. Il y a aussi des enjeux économiques. Des équipes craindraient de perdre des partisans si les bagarres étaient abolies. «Il faut que ce soit accepté par les autres ligues juniors canadiennes et par la Ligue nationale. Je sens qu'il y a une écoute sur ces questions. Gilles Courteau s'est questionné publiquement cette année sur l'abolition des bagarres.»

Le Dr Boutet est convaincu que ce sont des sanctions plus sévères qui vont amener des changements de comportement des joueurs et des instructeurs. «On a réussi à réduire les mises en échec par-derrière avec des sanctions plus sévères, mais ce sont des changements de comportement qui prennent un certain temps.»

Le médecin croit que les ligues juniors et la Ligue nationale doivent aussi penser aux jeunes joueurs dans le hockey mineur. «Leurs décisions sur les mises en échec et les batailles ont un impact auprès des jeunes joueurs. Des sanctions accrues vont amener aussi des changements de comportement dans le hockey mineur.»

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