Trois questions à Philippe Fait

27 janvier 2011 Lefil, Le journal de la communauté universitaire, Volume 46, numéro 18

Sur le problème des commotions cérébrales dans les sports de contact

Le meilleur joueur de la Ligue nationale de hockey, Sydney Crosby, ne participera pas au Match des étoiles comme prévu en raison d’une commotion cérébrale subie sur la glace le 1er janvier. Une défection très médiatisée qui attire l’attention sur les conséquences des commotions cérébrales sur les athlètes et sur les règlements de la LNH concernant les mises en échec. Philippe Fait, stagiaire postdoctoral au Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS), assure la coordination médicale de la Ligue de hockey junior majeur au Québec. Il fait le point sur la question.

Q La LNH prend-elle des mesures suffisantes pour protéger les athlètes des commotions cérébrales?

R Je ne pense pas que la LNH ait quelque chose à se reprocher dans ce cas-ci. La ligue a un programme de protocole de retour au jeu assez strict qui ressemble à celui en vigueur dans la ligue nationale de football, la NFL, aux États-Unis, ou au junior pour le hockey, pour les joueurs qui subissent des commotions cérébrales. Les équipes peuvent aussi ajouter d’autres tests. Ce sont des protocoles internationaux qui comprennent des rencontres avec des neurochirurgiens et des neuropsychologues. Un joueur qui remplit chaque étape de façon positive peut ensuite revenir au jeu si le médecin l’y autorise. Que ce soit dans le junior ou dans la LNH, on constate une hausse des statistiques concernant le nombre de commotions cérébrales. Par contre, on ne sait pas si elles augmentent vraiment ou si cette hausse s’explique par le fait qu’on se met maintenant à les compter. Depuis trois ou quatre ans, le chiffre se stabilise, ce qui tendrait à prouver que les entraîneurs, le personnel médical, les joueurs, les reconnaissent davantage. Les recherches sur les commotions cérébrales depuis les dix dernières années ont beaucoup progressé et on y va beaucoup plus doucement pour le retour au jeu.

Q Comment pourrait-on prévenir les sportifs des risques de commotions cérébrales? En interdisant les mises en échec?

R Il n’y pas forcément de cause à effet. Au hockey féminin, le contact est interdit et pourtant on compte autant de commotions cérébrales que chez les joueurs masculins, tout comme au soccer. On peut tomber sur une fesse ou subir un coup dans le dos et se faire une commotion cérébrale si la tête fait un mouvement de va-et-vient. Le fait que l’équipement des joueurs soit beaucoup plus solide et que leur poids a augmenté explique aussi la hausse du risque de blessures. Il n’y a pas d’équipement qui empêche les commotions cérébrales. Les casques protègent les joueurs des risques de fractures du crâne, mais on ne peut pas immobiliser le cerveau dans la boîte crânienne. Par ailleurs, les statistiques montrent que 90 % des commotions cérébrales se produisent dans les 3/10mes de seconde après que le joueur a lâché la rondelle. Il est alors le plus à risque, car il ne s’attend donc pas à avoir un contact et ne l’anticipe pas. Les 10 % restant, ce sont des bagarres ou des accidents, comme un joueur qui rentre dans un poteau de but ou fait une mauvaise chute.

Q Certains disent qu’il faut préparer les jeunes hockeyeurs le plus tôt possible aux mises en échec afin qu’ils puissent accéder à la LNH, alors qu’actuellement on interdit le contact jusqu’au niveau Bantam, soit 13-14 ans.

R Une étude récente de Claude Goulet, du Département d’éducation physique, ici même à l’Université Laval, montre que le nombre de blessures graves remettant en cause la santé du jeune est trois fois plus élevé dans les ligues de l’Ouest, par rapport au Québec. Ce qui est important, c’est que les enfants apprennent les bonnes techniques pour bien recevoir les mises en échec, pas forcément d’avoir des contacts le plus tôt possible. Dans le hockey majeur junior, on applique un protocole individuel pour les commotions cérébrales. Chaque athlète est suivi par un médecin, un neuropsychologue ou un physiothérapeute, et on prend en compte s’il s’agit de la première commotion cérébrale, de la deuxième ou de la troisième et on note s’il y a des symptômes de dépression. Il s’agit d’une approche clinique pour saisir l’individu dans sa globalité, étant donné que la blessure est insidieuse, contrairement à une fracture par exemple. On reste aussi très au fait de la recherche pour changer sur-le-champ nos manières de faire en fonction des résultats d’études dans le domaine.

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